photographe auteur

Jean-Pierre Duvivier
32, rue du moulin de la pointe
75013 Paris
tél : 01 45 88 44 37
Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /Avr /2007 11:46

Le versificateur,

D’une voix chaude et inspirée, puis de plus en plus excitée et haletante


J’aime, à revisiter cette fraîche vallée

Où, les figues bien mûres attirent les oiseaux

Picorant goulûment au milieu des rameaux

Après l’heure où elle est par la brume voilée.

Le chemin passe au pied d’une tour écroulée,

Puis par monts et par vaux flâne vers des hameaux.

Et je m’en vais, charmé par la chanson des eaux,

Songeant que c’est la voie qu’autrefois ont foulée

Pêle-mêle soudards, moines et miséreux,

Et je garde en moi la souvenance inexacte,

Rayon lumineux que l’onde du Temps réfracte,

De tous ces hérétique et autodidactes

Un pépin : deux connexions ne sont plus intactes

Et nous voici bien bloqués sur la rime en « actes »

Monsieur Sinsone il faut finir cet entracte

Si tu veux laisser ta réputation intacte

Que change les contacts cent deux ta main exacte

Et pour ton client tu auras sauvé le pacte.


Primo Levi


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Samedi 17 mars 2007 6 17 /03 /Mars /2007 11:40


Morphine

Mes notes antérieures dénotent quelque hystérie. Rien là de bien grave. Cela n'a aucun effet sur ma capacité à travailler. Au contraire je tiens toute la journée avec l'injection de la veille. Je m'en tire admirablement bien avec les opérations, je porte une attention irréprochable aux prescriptions et je peux donner ma parole de médecin que ma morphinomanie n'a jamais d'aucune façon nui à mes patients. Et j'espère que ça continuera. Mais autre chose me tourmente. Il me semble tout le temps que quelqu'un va découvrir mon vice. Pendant la consultation, je sens dans mon dos le regard lourd de sous-entendus de mon officier de santé.
Foutaises ! Il ne soupçonne rien. Rien ne peut me trahir. Mes pupilles ne peuvent me trahir que le soir, et le soir je n'ai jamais affaire à lui J'ai remédié à l'exorbitante baisse des réserves de morphine de notre pharmacie en me rendant au chef-lieu. Mais là-bas aussi j'ai eu des moments pénibles. Le préposé du dépôt a pris ma commande sur laquelle j'avais inscrit en plus, par précautions, toutes sortes d'autres médicaments anodins du genre caféine (qu'on a en quantité) et il a dit :
"Quarante grammes de morphine ?"
Et là j'ai senti mes yeux se dérober comme ceux d'un écolier. Je sens que je suis en train de rougir.
Il continue :
"Nous ne disposons pas ici d'une telle quantité. Je vais vous en donner une dizaine de grammes."
Et c'est vrai, il n'en a pas, mais il me semble qu'il a percé à jour mon secret, qu'il m'ausculte et me fouille du regard, ça m'inquiète et me met à la torture.

Non, les pupilles, seules les pupilles sont dangereuses, et c'est pourquoi je vais me fixer comme règle de toujours éviter de voir qui que ce soit le soir. A ce propos, impossible de trouver un endroit plus commode que mon secteur pour cela, voilà plus de six mois que je ne vois personne à l'exception de mes malades. Et eux n'en ont rien à faire de moi.

Mikhaïl Boulgakov

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Samedi 17 mars 2007 6 17 /03 /Mars /2007 10:37


Mémoires d'un eunuque

dans la cité interdite


Des quatre coins du lit, il tira des sangles terminées par des bracelets de fer qu'il me passa autour des chevilles et des poignets. Lorsqu'il m'eut écarté, les cuisses grandes ouvertes et les bras tendus en V au-dessus de la tête, il attrapa une cordelette pendant à la poutre transversale qui surplombait le lit, et il m'en ficela la verge et les testicules, en serrant très fort, de la bases à l'extrémité. Puis il tendit la corde au maximum pour la fixer à un crochet scellé dans le mur, et j'eus l'impression que mes chairs se déchiraient ; avec mes parties génitales, ma gorge s'était étranglée, j'avais du mal à respirer.

J'avais la sensation de tomber dans un puis sans fond, de perdre pied, de m'enliser. Tu n'as pas à avoir peur, ça va aller très vite. Tu ne sentiras rien. Fais-moi confiance. N'aie pas peur. Je vais juste de donner quelque chose qui va t'empêcher de sentir la douleur me dit-il. Ouvre la bouche et ferme les yeux. Il me fourra l'eouf dur dans la bouche et avec ses deux mains. Je voulu émettre un son, et comme ma gorge s'ouvrit, maître Bi en profita pour m'enfoncer l'oeuf au plus profond du gosier. Je ne pouvais plus respirer, j'étouffais. J'eus quelques sursauts convulsifs mais mes pieds et mes mains étaient fermement entravés. Je basculait dans un trou noir.

Sitôt que je me fus évanoui, il empoigna un instrument à courte lame en croissant. De la main gauche, il attrapa mes parties génitales, et de la droite, il trancha net : la corde tendue remonta d'un saut vers le plafond et mes parties sanguinolentes restèrent à ballotter en l'air, cependant qu'il rattrapait très vite les ligaments testiculaires. Il appliqua un cataplasme sur la plaie et il me mit un pansement.

Lorsque je repris conscience, je compris que l'irrévocable était accompli. Tout flottait autour de moi. Mon c?ur et ma tête étaient enserrés dans un brouillard épais. Mes oreilles vrombissaient. Je me mis à hurler.

Dan Shi

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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 14:15

L’arrière-saison

Je fis glisser le couteau sur cet endroit, je l’y fis résonner et j’eus moi aussi le sentiment que je maniais là du marbre. … Dans le talon du pied gauche manquait un léger fragment, on devait de toute manière y insérer du plâtre et c’est là que nous résolûmes d’explorer. Nous tournâmes la figure en sorte que la lumière vînt frapper vivement la brèche au talon. Il apparut qu’auprès de l’infime excavation, un autre fragment de plâtre se délitait qui ne manquerait pas de tomber au moindre contact. Nous appliquâmes le couteau, le fragment sauta et dans le fond qui se dénudait, se montra une matière qui n’était pas du plâtre. L’œil disait que c’était du marbre.

Adalbert Stifter

 

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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 10:42


Auto-portrait d'un artiste            


Le sous-sol

J'ai quarante ans actuellement. Or, quarante ans, c'est toute la vie, c'est la profonde vieillesse.
Il est inconvenant, il est immoral et vil de vivre au-delà de la quarantaine. Qui vit après quarante ans? Répondez sincèrement, honnêtement! Je vais vous le dire, moi : les imbéciles, les chenapans; ceux-là vivent au-delà de quarante ans. Je le proclamerai à la face de tous les vieillards, de tous ces respectables vieillards, de tous les vieillards, de tous les vieillards aux bouches argentées et parfumées ! Je le proclamerai à la face de l'univers entier. J'ai la droit de parler ainsi, parce que, moi, je vivrai jusqu'à soixante-dix ans ! jusqu'à quatre-vingts ans! Mais attendez!
Laissez-moi reprendre souffle!

Fédor Dostoïevski


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